Carole Viñals : « En Espagne, ce n’est pas du féminisme mou » (LEFIGARO.fr)

Par Baptiste Erondel publié le 07 mai 2018

Mobilisation contre le jugement du procès de «la meute», grève générale le 8 mars dernier, interdiction du projet de loi Gallardon… Les féministes espagnoles n’ont jamais été aussi proactives. Un phénomène que décrypte Carole Viñals, spécialiste de la civilisation ibérique.

Les 28, 29 et 30 avril, des milliers de femmes – ainsi que des hommes – ont manifesté pacifiquement dans les rues des grandes villes d’Espagne. Barcelone, Madrid, Pampelune… Les féministes contestaient le jugement rendu au procès dit de «la meute», ce groupe d’hommes condamnés à neuf ans de prison pour l’agression d’une jeune femme, dont le viol a été requalifié en «abus sexuel». Déjà, le 8 mars, nombreuses étaient celles à s’être mises en grève générale «féministe», une première dans un pays pourtant pionnier en matière d’égalité femmes-hommes.

Pour Carole Vinals, spécialiste de la civilisation ibérique et du féminisme espagnol, une telle mobilisation résulte avant tout de l’héritage des femmes sous la dictature de Franco, et du combat contre un parti populaire conservateur qui tente, malgré tout, de réduire les droits des femmes. Explications.

Lefigaro.fr/madame.– L’Espagne est considérée comme un pays pionnier en termes d’égalité (en 2004, par exemple, une loi inédite contre les violences conjugales a été votée à l’unanimité). Pourtant, la décision de justice du procès dit de «la meute» a de quoi surprendre. Comment expliquer la requalification du chef d’accusation de viol en «abus sexuel» ? 
Carole Viñals. – D’un point de vue légal c’est très simple : d’après le code pénal espagnol, ce qui prouve un viol, c’est le fait de dire non. Comme la jeune femme n’a rien dit, légalement stricto sensu, il n’y a pas viol. Mais c’est stupide car de nombreux psychiatres ont prouvé que dans un tel cas de sidération, il est difficile de dire quelque chose. Il n’en fallait pas plus pour faire réagir les féministes, et les femmes espagnoles en général. Elles se sont donc réunies pour montrer leur désaccord face à cette situation ubuesque.

On parle de «quatrième vague» de féminisme. À quoi correspond-elle ? Quelles étaient les trois autres ? 
La première remonte aux grands noms de la Révolution française, comme Olympe de Gouges. La deuxième, on l’attribue souvent aux femmes de la Grande Guerre mobilisées les usines pour aider les hommes partis au front. La troisième, c’est 1968, même si ça peut varier en fonction des pays. Et depuis 2011, en Espagne, certains parlent d’une quatrième vague avec l’arrivée du Parti populaire et la crise économique. Si la Péninsule ibérique est dotée d’un arsenal important quant aux questions de genre, elle n’a pas de financements derrière. Donc c’est devenu inopérant.

 

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